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Noël – Dieu est sur la paille

A l’heure où la crèche fait encore l’objet de discorde ça et là dans notre pays, je ne souhaiterais vous évoquer nullement la question de la légitimité de la crèche dans les lieux publics, mais de ce qu’elle contient. Que trouve-t-on dans une crèche ? Je ne parlerai pas d’âne sinon on va me reprocher cette obsession autour des animaux de la crèche. Non je voudrais parler d’un élément qui semble plus insignifiant dans ce décor de la crèche. Imaginez une crèche, la crèche de votre enfance, quel est l’élément auquel nous ne prêtons pas attention ? La mangeoire dans laquelle on poste l’enfant nouveau-né ! Mais ce n’est pas non plus tout à fait de la mangeoire que je voudrais vous partager quelques pensées, mais sur ce qu’elle contient : la paille.

La paille, image de notre condition humaine

Car ce petit brin de paille, aussi insignifiant soit-il, a quelque chose à nous dire. La paille renvoie à nous mêmes, elle est image de notre condition humaine, de sa fragilité. Oui, la vie humaine est fragile. L’actualité nous le rappelle de façon brutale, la vie est si proche de la mort. Les fêtes de fin d’année sont, ainsi également, souvent le temps où la disparition de nos êtres chers nous revient à l’esprit, mêlant en nos cœurs des sentiments partagés (joie, tristesse, nostalgie). Oui nos vies sont fragiles comme un brin de paille qui virevolte dans le vent. « Dieu a consolé son peuple et délivré Jérusalem » nous rappelle le prophète Esaïe. Ce même prophète annoncera une autre consolation, une paix sans fin, rendue possible par celui qui sera appelé « prince de la paix » (Es 9), Emmanuel « Dieu avec nous ». Car la fragilité de la paille, comme celle de nos vies, nous rappelle le besoin de trouver en Dieu des racines profondes pour tenir debout.

La paille, image de notre côté versatile

La paille est aussi image de notre côté versatile. En effet, emportés au gré des vents, l’homme et la femme, peuvent parfois être capable du pire comme du meilleur. L’être humain peut être le meilleur dans le pire, mais aussi dans le pire être le meilleur. Il y a cette profonde réalité qui embrasse notre nature humaine, cette ambiguïté en l’homme qui en fait un être paradoxal, ayant besoin de cheminer avec des exemples de justice. A Noël, rejaillit de façon flagrante que les uns n’ont rien, quand d’autres ont tout, même à l’excès. Mais c’est aussi dans ces moments de fête que nous voyons la solidarité se mettre en œuvre pour donner de son temps, de soi pour ceux qui ont peu, ceux qui sont sur la paille.

La paille, image du regard critique

La paille nous rappelle aussi combien dur peut être le regard humain sur son prochain. N’est-ce pas une paille que l’on voit dans l’œil de son prochain sans s’apercevoir que nous avons une poutre dans la notre ? A l’heure de la stigmatisation, de la condamnation, de la calomnie, n’avons nous pas besoin de légèreté et de voir en l’autre autre chose qu’un être malfaisant. Et puis si nous regardons bien, nous ne sommes pas nous-mêmes des petits « saints ». Jésus en venant dans le monde, en posant le pied sur notre terre ferme a inauguré un sentier d’humilité, de paix et de justice. Il nous tend la main, à chacun, pour cheminer avec lui et recevoir de lui la Vie Nouvelle. Une vie qui renouvelle notre regard sur Dieu, sur les autres. C’est cela l’Evangile, La paix avec Dieu, la paix avec l’autre pour vivre le bonheur du salut en Dieu. Nous avons besoin d’entendre les pas de cette personne qui portent cet autre message, cette bonne nouvelle. Alors, nous aussi, nous pourrons dire « qu’ils sont beaux les pas du messager d’une bonne nouvelle ». Cette Bonne Nouvelle, nous l’avons entendue, c’est celle des anges : « Paix aux hommes que Dieu aime ». Car Dieu a montré son amour en venant à nous pour donner la Paix, Sa Paix.

La paille, image de l’humilité et la pauvreté

Connaissez-vous cette expression « être sur la paille » pour exprimer la ruine et l’infortune ? La paille est bien ce végétal qui, une fois qu’il a donné son fruit, voit son utilité limitée à la nourriture des animaux ou à être brûlé. Jésus, « Lui qui est « le rayonnement de la gloire de Dieu et l’expression parfaite de son être, lui qui soutient toutes choses par sa parole puissante et, après avoir accompli la purification des péchés, qui siège dans les cieux à la droite du Dieu suprême », Jésus donc s’est fait « pauvre » comme un brin de paille, il fut couché sur la paille, pour venir à la rencontre d’autres bottes de paille que sont les humains. Dieu s’est mis, lui même sur la paille pour venir nous rencontrer et nous conduire vers la délivrance, sur les sentiers de salut, de paix. C’est ce qu’exprime la strophe du chant « Il est né le divin enfant » : « Une étable est son logement, un peu de paille est sa couchette. Une étable est son logement, pour un Dieu quel abaissement ! ». Cet abaissement va jusqu’au bout, la Bonne Nouvelle est d’abord annoncée à des bergers, non à des princes, des rois, ou des ministres, car la paille est aussi image de simplicité. Dieu vient à la rencontre non pas de ceux qui sont les plus méritants, les plus en vus, mais vers tous ceux qui se reconnaissent « pauvres », humbles et prêts à accueillir sa douce présence. Si Dieu le Fils a revêtu notre condition humaine c’est pour nous visiter, pour nous consoler, quel que soit notre passé, notre culture, notre profession. Il vient frapper à la porte de nos cœurs, il vient le Dieu-roi, lui qui s’est fait pauvre, il vient nous rencontrer. Sommes-nous prêts à lui ouvrir la porte ?

La paille fraîche qui accueille la présence chaleureuse du Fils de Dieu

Il reste encore bien des thèmes à décliner autour de la paille. Par exemple, connaissez-vous peut-être le chant « Sur la paille fraîche », dont une strophe dit ceci : « Dort l’enfant si beau. Une pauvre crèche Lui sert de berceau. De l’azur céleste L’Etoile a souri A l’Enfant qui reste si tard endormi ». La paille de la crèche, elle est restée fraîche jusqu’à ce qu’elle accueille l’enfant Jésus. Alors, elle se réchauffe, elle est réchauffée par la douce présence de Jésus. Il en est ainsi, de celui qui accueille Jésus, il peut recevoir chaleur et consolation.

Alors c’est conscient de la présence de Dieu, de sa venue à notre rencontre pour nous apporter sa douce présence que nous pourrons dire « Eclatez en cris de joie » même à des ruines, même aux ruines d’une ville, même aux ruines de nos vies. Car là où Dieu vient, il apporte consolation et relèvement.

Qu’en ce Noël, nous puissions accueillir la douce chaleur de la présence de Jésus dans nos foyers en ce soir de Noël et dans la suite des jours. Que nous puissions recevoir sa présence, son invitation à le suivre sur les chemins de l’humilité.

 

Textes bibliques de référence : Ésaïe 52.7-10 et Hébreux 1.1-6

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